Depuis le 1er janvier 2024, tout professionnel de la restauration à Bordeaux doit confier ses biodéchets à une filière de valorisation autorisée. Mais “valorisation autorisée” ne veut pas dire n’importe quel collecteur qui passe avec une camionnette. La loi est précise sur ce point — et les conséquences d’un mauvais choix de prestataire peuvent vous retomber dessus lors d’un contrôle.
Voici ce qu’un restaurateur bordelais doit vérifier avant de signer quoi que ce soit.
Ce que dit exactement la loi sur les prestataires
L’article L541-21-1 du Code de l’environnement impose de trier les biodéchets et de les orienter vers une filière de valorisation réglementée. Cela signifie que le prestataire que vous choisissez doit être en mesure de prouver :
- Qu’il est autorisé à collecter des déchets non dangereux (déchet d’activité économique)
- Qu’il achemine les matières vers une installation de traitement agréée (unité de méthanisation ou plateforme de compostage déclarée ou autorisée en préfecture)
- Qu’il émet des bordereaux de suivi des déchets (BSD) pour chaque enlèvement
Ce dernier point est crucial : en cas de contrôle par la DREAL ou les services de la Préfecture de Gironde, on vous demandera vos BSD. Sans eux, vous ne pouvez pas prouver que vos biodéchets ont bien été valorisés, même si vous payez un prestataire depuis des mois.
Les trois types d’acteurs sur le marché bordelais
1. Les opérateurs spécialisés biodéchets
Prestataires dont c’est le cœur de métier : collecte de déchets organiques professionnels, traitement local, traçabilité complète. Ils opèrent généralement dans un rayon de 30 à 80 km autour de Bordeaux et travaillent avec des unités de méthanisation ou des plateformes de compostage girondiennes.
C’est la solution la plus sécurisée réglementairement et souvent la plus compétitive pour des volumes modérés (20 à 200 kg/semaine).
2. Les collecteurs généralistes déchets avec une offre biodéchets
Acteurs historiques de la collecte de déchets industriels banals (DIB) qui ont ajouté une ligne “biodéchets” à leur catalogue. Souvent plus chers, avec une traçabilité qui peut être moins fine pour les petits volumes.
À vérifier : que leur contrat précise bien le traitement en filière de valorisation et non en centre de stockage ou d’incinération.
3. Les solutions mutualisées (groupements, associations)
Dans certaines communes de Bordeaux Métropole, des groupements de commerçants ou des associations de quartier organisent une collecte mutualisée avec un prestataire unique. Moins fréquent, mais économiquement intéressant pour les petits établissements.
Les 5 questions à poser avant de signer
1. “Pouvez-vous me montrer votre récépissé de déclaration de transporteur de déchets ?”
Tout transporteur de déchets doit être déclaré auprès de la préfecture du département où il est immatriculé. Ce récépissé prouve qu’il opère légalement. S’il ne peut pas vous le fournir, passez votre chemin.
2. “Où vont mes biodéchets après collecte ?”
Un prestataire sérieux doit pouvoir nommer l’installation de traitement partenaire : unité de méthanisation (nom, commune), plateforme de compostage, etc. Vague sur ce point = signal d’alarme.
3. “Comment fonctionne la traçabilité ? Je reçois quoi comme document ?”
La réponse attendue : des bordereaux de suivi des déchets (BSD ou équivalent numérique) pour chaque enlèvement. Certains prestataires proposent un accès en ligne à l’historique de collecte et aux attestations de traitement — un vrai avantage en cas de contrôle.
4. “Quelle est la fréquence de collecte minimale pour mon volume ?”
Pour un restaurant actif à Bordeaux, la règle générale est : une collecte par semaine par tranche de 50 à 60 kg de biodéchets produits hebdomadairement. Un bon prestataire vous proposera une estimation basée sur vos couverts quotidiens, pas un forfait unique.
5. “Qu’est-ce qui est inclus dans le tarif ?”
Vérifiez : la location du bac (ou l’achat), le lavage du bac, la fréquence de collecte, le traitement et la traçabilité. Certains tarifs attractifs en surface cachent des surcoûts sur le lavage ou sur les collectes supplémentaires en cas de débordement estival.
Ce que coûte un prestataire agréé à Bordeaux
Pour un restaurant bordelais typique (40 à 80 couverts/jour) :
| Volume hebdomadaire | Fréquence collecte | Budget mensuel estimé HT |
|---|---|---|
| 20 à 40 kg | 1 passage/semaine | 40 à 70 € |
| 40 à 80 kg | 2 passages/semaine | 70 à 120 € |
| 80 à 150 kg | 3 passages/semaine | 110 à 180 € |
| 150 kg et plus | 5 passages/semaine | 160 à 280 € |
Ces tarifs incluent en général la location d’un ou deux bacs de 60 à 120 litres, la collecte, le traitement et la traçabilité documentaire.
Important : pensez à déduire la réduction potentielle de votre redevance ordures ménagères. En sortant vos biodéchets du circuit OMR, le volume de votre bac résiduel peut être revu à la baisse, ce qui se traduit par une économie réelle sur votre TEOM ou REOM.
Comment comparer efficacement plusieurs prestataires
Quelques principes pour comparer sans se faire avoir :
Demandez des devis sur la même base de volume. Estimez d’abord votre production hebdomadaire (pesez pendant une semaine, ou estimez à 120-150 g par couvert). Puis demandez des devis pour ce volume précis chez 3 prestataires.
Lisez les clauses de résiliation. Certains contrats ont des engagements de 12 à 24 mois. Privilégiez les offres sans engagement ou avec une clause de résiliation simple à 1 mois.
Vérifiez les avenants saisonniers. En été à Bordeaux, les volumes de biodéchets augmentent fortement. Demandez ce qui se passe si vous avez besoin d’une collecte supplémentaire : est-elle facturée ? À quel tarif ?
Comparez le niveau de traçabilité documentaire. Un portail en ligne avec historique téléchargeable vaut mieux qu’un simple bon papier laissé dans le bac.
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