Beaucoup de food trucks et de snacks bordelais croient encore que l’obligation de tri à la source des biodéchets ne les concerne pas. L’argument revient souvent : pas de cuisine fixe, peu de volume, activité itinérante. Sur le plan juridique, aucun de ces arguments ne tient. Depuis le 1er janvier 2024, l’obligation s’applique à tout producteur de biodéchets dans le cadre d’une activité professionnelle, sans seuil de tonnage. Le food truck qui vend des burgers sur le quai des Chartrons le vendredi soir produit autant de biodéchets relatifs au couvert qu’un restaurant sédentaire, et il doit s’organiser pour les trier. Voici ce que la loi exige, les difficultés propres au secteur et les solutions praticables.
Ce que dit la loi pour les food trucks et la restauration rapide
L’obligation de tri à la source des biodéchets est portée par la loi anti-gaspillage économie circulaire (AGEC) du 10 février 2020, complétée par les décrets d’application 2021 et 2023. Le texte fondateur est l’article L541-21-1 du Code de l’environnement, consultable sur Légifrance.
Avant 2024, l’obligation ne concernait que les producteurs de plus de 5 tonnes par an, ce qui exemptait de fait la majorité des food trucks. Depuis le 1er janvier 2024, le seuil a sauté. La règle est désormais universelle : tout producteur de biodéchets, même en petite quantité, doit organiser le tri à la source ET orienter ses biodéchets vers une filière de valorisation réglementée.
L’absence de local fixe ne crée aucune exception. Le texte porte sur l’activité productrice, pas sur le lieu de production. Sont concernés :
- food trucks et caravanes de restauration
- snacks à emporter avec ou sans place assise
- kebabs, sandwicheries, points de vente rapides
- foodbikes et restauration en vélo cargo
- traiteurs ambulants et opérations promotionnelles
- vendeurs sur marchés alimentaires couverts ou en plein air
L’argument “je ne fais que de la vente à emporter, mes clients jettent leurs déchets chez eux” tient seulement pour les biodéchets post-consommation. Mais les biodéchets de production (épluchures, parures, restes de cuisson, invendus en fin de service) restent à votre charge. Et selon l’activité, ils représentent 10 à 30 kg par semaine, soit le seuil parfaitement standard d’un café sédentaire.
Les contraintes spécifiques au secteur itinérant
Quatre difficultés rendent la mise en conformité plus complexe pour un food truck que pour un restaurant traditionnel.
Pas de local fixe pour stocker un bac. Le bac biodéchets doit être quelque part entre deux services. Pour un food truck garé dans un emplacement public, c’est un vrai problème logistique.
Volumes faibles et irréguliers. Un food truck qui fait 50 couverts par service sur 3 services par semaine produit 5 à 15 kg de biodéchets hebdomadaires, ce qui est en dessous des paliers standards des prestataires (qui démarrent souvent à un bac 60 L collecté une fois par semaine).
Multiplicité des emplacements. Un food truck typique tourne sur plusieurs emplacements dans la semaine : marché des Quinconces le mardi, place Pey Berland le jeudi, soirée food truck festival le samedi. Le bac ne peut pas suivre.
Contraintes sanitaires renforcées. Le stockage de biodéchets en zone publique ou dans un véhicule chaud en été pose des problèmes d’odeurs et d’hygiène, surveillés par les services vétérinaires (DDETSPP, ex-DDPP).
Les solutions concrètes pour s’organiser
Plusieurs configurations permettent de répondre à l’obligation sans déstabiliser une activité itinérante. À choisir selon votre rythme et votre point de rattachement.
Bac biodéchets stocké en cuisine de préparation centrale. La plupart des food trucks préparent leurs ingrédients en cuisine arrière (laboratoire d’extraction, cuisine partagée, restaurant associé). Le bac biodéchets y reste en permanence, vous y déposez les biodéchets de production avant et après chaque service. Le prestataire de collecte vient une fois par semaine sur cette cuisine, qui sert de point d’ancrage. C’est la configuration la plus simple et la plus économique : 30 à 60 EUR par mois pour un bac 60 L collecté une fois par semaine.
Bac transporté dans le véhicule entre services. Pour les food trucks sans cuisine centrale, certains prestataires bordelais acceptent de livrer un bac de 30 ou 60 litres avec couvercle hermétique qui voyage dans le véhicule. Vous ramenez le bac à un point de collecte fixe (parking attitré, garage, dépôt du prestataire) une fois par semaine pour la collecte. Demande une bonne organisation et un véhicule où le bac trouve sa place.
Mutualisation entre plusieurs food trucks sur un même site. Sur les food courts permanents (Darwin à la Bastide, Les Hangars sur les quais, certains marchés couverts), un dispositif mutualisé de tri biodéchets est mis en place collectivement par les opérateurs. Chaque food truck dépose ses biodéchets dans le bac commun, un prestataire unique collecte pour tous. Coût mutualisé : 10 à 30 EUR par mois et par food truck, selon le volume.
Collecte sur appel pour les activités très ponctuelles. Pour un food truck qui ne fait que quelques événements par mois (5 ou 10 prestations annuelles), un contrat de collecte sur appel avec facturation au passage est plus rationnel qu’un abonnement mensuel. Le prestataire livre un bac la veille de l’événement, le collecte le lendemain. Tarification au coup : 40 à 80 EUR par prestation selon le volume.
Les sanctions encourues
Les sanctions applicables aux food trucks et à la restauration rapide sont les mêmes que pour la restauration sédentaire :
- voie pénale (article L541-46 du Code de l’environnement) : jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 75 000 EUR d’amende en cas de manquement caractérisé
- voie administrative : amendes pouvant aller jusqu’à 3 000 EUR pour une personne physique et 15 000 EUR pour une personne morale (chiffres à reconfirmer sur Légifrance avant citation officielle)
- conséquences sur les autorisations municipales : refus ou non-renouvellement de l’autorisation d’occupation du domaine public, qui est annuelle ou par dossier événement
Sur ce dernier point, plusieurs mairies de Bordeaux Métropole (Mérignac, Pessac, Bordeaux) ont commencé à intégrer dans leurs dossiers d’autorisation d’occupation du domaine public la mention “présentation du contrat de collecte biodéchets en cours de validité”. C’est un levier indirect mais très efficace, qui pousse les food trucks à formaliser leur gestion des biodéchets pour conserver leurs emplacements clés.
Pour les modalités précises de contrôle et les documents demandés en inspection, voir l’article sur les contrôles biodéchets en restauration.
La traçabilité même à petit volume
Indépendamment du volume, vous devez pouvoir présenter à tout moment trois documents :
| Document | Source | Durée conservation |
|---|---|---|
| Contrat de prestation de collecte | Votre prestataire agréé | Durée du contrat + archives |
| Bordereaux de suivi des déchets (BSD) | Remis par le prestataire à chaque collecte | 3 ans minimum |
| Attestation annuelle de conformité | Remis par le prestataire en début d’année suivante | 3 ans minimum |
Ces documents sont produits automatiquement par tout prestataire agréé, vous n’avez rien à rédiger vous-même. La conservation peut être numérique (photo ou scan dans un dossier dédié sur votre téléphone ou votre cloud).
Combien ça coûte vraiment pour un food truck
À Bordeaux Métropole, les fourchettes constatées pour un food truck en activité régulière (2 à 4 services par semaine) sont les suivantes selon la configuration choisie.
| Configuration | Coût mensuel HT |
|---|---|
| Bac fixe en cuisine de préparation (60 L, 1 collecte par semaine) | 30 à 50 EUR |
| Bac transporté dans le véhicule (60 L, 1 collecte par semaine au dépôt) | 40 à 70 EUR |
| Mutualisation sur food court ou site partagé | 10 à 30 EUR |
| Collecte sur appel (par prestation) | 40 à 80 EUR / passage |
Pour un food truck qui fait 3 services par semaine sur 10 mois de l’année, le surcoût annuel se situe entre 300 et 600 EUR, à comparer avec le coût d’une amende administrative ou d’un refus d’autorisation d’emplacement. Pour les éléments généraux sur le choix d’un prestataire agréé, voir le guide dédié.
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